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Mercredi 11 juin 2008
 

Qu'est-ce que l'enka ? Une boisson fraîche ? Un animal très rare et très peu connu ? Un plat très raffiné ? La sortie prochaine du drama "Enka no joou" par l'équipe [M.S]Kissa nous a incité à nous poser la question ! Eh non, l'enka ne se boit pas, ne s'apprivoise pas et ne se mange pas, l'enka s'écoute. En effet, l'enka est un style de musique, apparu au Japon lors de l'après-guerre et qui aujourd'hui encore fait un carton auprès du public de 40 ans. Mais les fans ne sont pas éternels, et la jeunesse peine à prendre la relève, ce qui nous pousse à nous interroger : l'enka est-il en voie de disparition ?


On le sait, pour qu'un artiste ou un style dure, il faut qu'il se renouvelle. Les groupes qui ne savent pas se renouveler tombent souvent dans l'oubli tandis que l'innovation est signe bien souvent de longévité sur la scène musicale (Miyavi, Madonna, etc…). L'enka paraît donc menacé car c'est un style très codifié et dont les chanteurs et chanteuses se ressemblent tous et toutes pour un non-initié.

Les ressemblances se trouvent tout d'abord au niveau de la mélodie qui, jouée sur des instruments bien souvent occidentaux, utilise toujours la gamme pentatonique souvent également employée dans la musique grecque, ou celtique, et la voix suit souvent les mêmes modulations. En effet, on ne commence pas à chanter de l'enka du jour au lendemain, il faut d'abord  en apprendre les règles ! Bien souvent les chanteurs d'enka suivent une véritable formation auprès d'un maître. Ils s'installent chez ce maître et apprennent à son contact avant de se lancer dans le monde de la musique. L'enka est une chanson de "traditions" qui se base sur des idées chères au Japonais comme le respect des aînés et la transmission de la sagesse aux plus jeunes.

 "Shura no hana" (ou « The flower of carnage ») interprétée par la chanteuse/actrice KAJI Meiko dans le film “Lady Snowblood” de Toshiya Fujiya en 1973 et repris dans Kill Bill de Quentin Tarantino en 2003.

Mais l'enka n'est pas seulement codifié au niveau de la musique, il l'est également au niveau des paroles, des thèmes de chanson et de la mise en scène. Il existe dans ce style une véritable séparation entre l'homme et la femme, et c'est pourquoi ils ne chantent pas la même chose. Tandis que les femmes chantent plutôt la séparation et l'amour perdu, les hommes chantent la nostalgie de la patrie. L'enka est en effet un style de musique très pessimiste dans lequel les chanteurs se complaisent dans le malheur. Cependant, il ne s'agit pas non plus de déprimer son public, mais bel et bien de simplement se laisser aller à la mélancolie qui elle aussi peut parfois alléger le cœur.

La présentation a également énormément d'importance et en cela l'enka ne diffère en rien des autres styles Japonais. Le Visual Kei, la Jpop, se basent tous plus ou moins sur l'apparence, il en va de même pour l'enka. Les chanteuses sont bien souvent vêtues de kimono, tandis que les hommes portent l'habit traditionnel. Le but n'est pas l'esthétisme, mais la représentation d'une certaine image de la femme, et de l'homme. L'homme se veut fort et protecteur tandis que la femme se doit d'être un peu soumise, mais charmeuse. Tout passe par des sous-entendus, rien n'est réellement exprimé, mais l'image doit être renvoyée à grands renforts de symboles et de gestes discrets mais soigneusement calculés.

On aura peut-être du mal à le croire mais l'enka est en fait un style musical qui a remporté - et remporte encore aujourd'hui - beaucoup de succès, même si celui-ci s'est amoindri…La figure la plus connue du mouvement est très certainement Misora Hibari qui fut l'une des premières chanteuses d'enka à se faire connaître.

 



Plus qu'une simple chanteuse, elle devient même un symbole et une icône, représentant la mère de la patrie, donnant du courage à toute une génération. Les chanteuses d'aujourd'hui, qu'elles soient chanteuses d'enka ou non, sont nombreuses aujourd'hui à s'inspirer de Misora Hibari, preuve de la marque que celle-ci a laissé dans le paysage musical Japonais.

L'enka présente par ailleurs des thèmes universels qui ne se démodent pas. La souffrance, les chagrins d'amour, l'exil, sont des thèmes qui touchent toutes les cultures, et qui ne cessent jamais d'être d'actualité. Autant l'enka pourrait se démoder pour ce qui est de la forme, autant le fond ne sera jamais dépassé. Ainsi, l'enka s'exporte au-delà des frontières nippones et on trouve aujourd'hui des chanteurs d'enka américain comme Jero, ou encore des chanteuses coréennes comme Kim Yaja qui a énormément de succès en ce moment.



L'enka n'est par ailleurs pas aussi dépassé que ce que l'on croit. On peut encore le trouver dans l'actualité. Par exemple, il n'est pas rare que des chanteurs d'enka soient invités dans le "Kohaku Utagassen", un spectacle télévisuel musical annuel, véritable évènement au Japon. On retrouve également l'enka dans les Karaoké, ou dans les génériques d'anime, les dramas avec "Enka no Joou", etc...



Kiyoshi Hikawa, connu sous le nom de "prince de l’enka" est populaire chez toutes les générations  et a donné un nouveau souffle à l’enka.


En dépit de sa forme ultra-codifiée, soumise à des règles très strictes, l'enka n'est pas complètement immuable. On assiste à des variations certes subtiles, mais bel et bien là, qui font peu à peu progresser le style tout en entier. Dernièrement, l'enka s'est vu remis au goût du jour avec les Kanjani8 un Boys Band sorti droit des studios de la Johnny's Entertainment, qui a repris une chanson très connu du mouvement enka : "Naniwa iroha bushi". Cette reprise, et les autres chansons des Kanjani8 dans ce style, ont fait beaucoup pour l'actualisation du mouvement enka. En effet, la Johnny's Entertainement est un des labels musicaux qui marchent le mieux au Japon, et chaque membre du groupe jouit d'une popularité conséquente, ce qui attire les foules et rassemble donc un public pour l'enka.

 


Kanjani8 "Naniwa iroha bushi"


De plus, la Jpop et l'enka ne sont finalement pas si loin, et il n'est pas rare d'assister à des reconversions. En effet si la Jpop est généralement très lucrative, elle n'en est pas moins éphémère dans le sens où pour en faire, être jeune et jolie est pratiquement primordial. Ainsi, certaines chanteuses de Jpop s'orientent vers l'enka pour s'assurer une carrière durable. Yoko Nagayama fait par exemple partie de ces chanteuses.





Voici un exemple pour votre culture d'un tube pop par Yôko Nagayama "Venus" (ヴィーナス), reprise du groupe néerlandais  Shocking Blue, repris plus tard également par le groupe Bananarama (vous reconnaîtrez).

L'enka inspire tous les styles de musique, certains artistes de Visual Kei, de Jrock, avouent s'en être largement inspirés, et si le style a un public constitué majoritairement de 40 ans et plus, il se "distille" peu à peu dans les courants musicaux écoutés plutôt par les jeunes. Ainsi, l'enka, ne disparaît pas, mais se transforme peu à peu, et se transmet lentement à la génération suivante.

Par mskissa - Publié dans : Tous les articles - Communauté : Japon
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